Eglise réformée de langue française en Argovie
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« Le Jeûne pour plus de vie! »

Bible: Esaïe 58



Carême - Voilà un terme qui n'a pas beaucoup de significations pour nous! Ce terme n'était d'ailleurs pas utilisé dans le protestantisme - on préférait dire "temps de la Passion" pour centrer sur le Christ et non sur des oeuvres méritoires de la part de l'homme.... Ce n'est que récemment à la faveur de l'oecuménisme que le terme "carême" est en usage aussi dans nos église réformées... Mais ce terme a une connotation sombre : faire carême, en effet pour beaucoup, c'est essentiellement se priver de qch, bien sûr d'abord de nourriture - et il y avait autrefois dans l'église catholique des règles très strictes de jeûne - mais plus largement de tout ce qui pourrait être un plaisir! Carême équivaudrait donc à une vie amoindrie, déssechée, sans plus de vitalité...

Et pourtant le prophète Esaïe, quand il parle du jeûne voulu par Dieu, affirme que celui qui pratique un tel jeûne aura une "vie étincellante" - Tu seras comme un jardin saturé, comme une fontaine d'eau dont les eaux ne déçoivent pas". Autant d'images, et n'oublions pas que c'est à un peuple habitué du désert que le prophète s'adresse, pour exprimer le jaillissement, le débordement de vitalité, la générosité et la fécondité!

Il y a bien là deux conceptions spirituelles antagonistes... Et s'il est bien question du jeûne dans notre texte d'Esaïe, on peut élargir cela à toute la vie spirituelle ou la vie de foi, et alors cela nous concerne tous, et pas seulement les catholiques , les orthodoxes ou les musulmans qui pratiquent le jeûne. On ne peut pas dire que les protestants soient des modèles de jovialité ou des gens qui croquent la vie à pleines dents. On qualifie le protestant de sérieux, travailleur, discret, économe et austère. On pourrait se dire avec un clin d'oeil qu'on peut alors comprendre pourquoi il n'y avait pas besoin de temps de carême dans le protestantisme, c'est toute la vie qui est comme en carême!

Plus profondément, comme le montre le prophète Esaïe, c'est notre relation à Dieu qui est en question dans cette manière de vivre la spiritualité: Si je cherche à me priver pour plaire à Dieu, j'imagine un Dieu qui est jaloux de ma vie, qui cherche à me diminuer, à m'amoindrir, comme ces parents dominants qui ne laissent aucune place et aucune autonomie à leurs enfants et les infantilisent en permanence! Un Dieu qui a créé l'homme pour qu'il renonce à sa vie, pour qu'il se mortifie...Il y a tout un discours sur le "sacrifice" qui va dans cette direction. Mais alors, quel Dieu avons-nous là? Et comment aimer un tel Dieu qui nous veut à terre? La Bible nous présente une tout autre image de Dieu! Un Dieu créateur pour qui la vie est un bien! Un Dieu qui ne cesse de réveiller notre vitalité et encourage notre fécondité (cf. "croissez et multipliez") , un Dieu qui ne réclame pas notre vie mais veut l'amener à son accomplissement: "Je suis venu pour que les hommes aient la vie, dit Jésus, et qu'ils l'aient en abondance , en plénitude". Un Dieu qui nous aide à grandir et à nous épanouir et qui nous veut debout et libres.

Voilà ce que proclame Esaïe, au sujet de la pratique du jeûne! Le jeûne pour lui n'est pas un acte de privation, de mortification, mais de partage pour un plus de vie! C'est tout l'enjeu de notre texte!

Celui qui pratique le jeûne comme une privation ou une mortification est dans une logique de mort, analyse Esaïe, d'abord il marchande avec Dieu : si je me prive d'une part de mes biens ou d'un plaisir, alors tu me récompenseras! Et cela ne fait qu'accentuer l'image d'un Dieu qui infantilise ses fidèles, comme nous l'avons déjà dit, mais de plus cette conception mortifère rejaillit sur les relations avec autrui. Elle crée un climat malsain de critiques, de violences, de domination d'autrui." Vous jeûnez tout en cherchant querelle et dispute et en frappant du poing méchament" Esaïe, bien avant Freud! dénonce le fond de haine refoulée qui peut se cacher derrière une certaine forme de religiosité. Et nous le voyons si bien avec tous les intégrismes et fondamentalismes religieux qui sont bien souvent d'une grande violence. C'est la logique de la privation poussée jusqu'au bout! Si Dieu exige que je me mortifie, alors j'impose cette même loi aux autres et je les maltraite, et ce n'est pas étonnant que dans cette logique de "mort", ce sont souvent les femmes qui sont les premières menacées, comme si ce qu'elles éveillent doit être gardé à distance!

Sans aller dans ces extrêmes, chaque fois que j'entre dans cette logique marchande du donnant-donnant, du sacrifice, de la privation pour satisfaire Dieu, alors le risque est grand qu'en m'amoindrissant, j'amoindrisse aussi ma relation vivante avec autrui! On est alors totalement sous le signe du moins!

Esaïe renverse cette logique en plaçant le jeûne qui plaît à Dieu non comme une privation mortifère mais comme un partage pour un plus de vie! Se priver ou partager, ce n'est pas du tout la même chose! La motivation et l'état d'esprit sont totalement différents!

"Le jeûne que je préfère, n'est-ce pas ceci : Dénouer les liens provenant de la méchanceté, détacher les courroies du joug, renvoyer libres ceux qui ployaient, bref que vous mettiez en pièces tous les jougs... N'est-ce pas partager ton pain avec l'affamé? Ne pas se détourner de celui qui est ta propre chair"

Tout part donc d'une vision éminemment positive de Dieu, du Dieu créateur de vie et libérateur de tous les esclavages! Si Dieu m'â donné la vie, ce n'est pas pour que je la lui redonne en sacrifice, mais pour que j'en fasse bénéficier ceux qui sont autour de moi! S'il est le Dieu de la bénédiction, c'est pour que je transmette cette bénédiction aux proches et aux plus lointains, pour que la vie circule et s'accroisse! S'il me veut debout et libre, un vis-à-vis adulte, c'est pour que je puisse aussi renoncer à toute domination ou à tout pouvoir sur autrui et que je casse tous les jougs, tout ce qui asservit un autre être humain... S'il se présente comme un Père aimant, c'est pour que je reconnaisse chacun comme un frère - une soeur - ma propre chair et que je vive cette même sollicitude. Dieu me fait entrer dans le mouvement de la vie, de la vie féconde, de la vie jaillissante, de la vie généreuse! "Ta vie sera étincelante. Tu seras comme un jardin saturé, une fontaine d'eau"

Nous ne sommes plus alors dans la logique "marchande", comptable où pour pouvoir donner qch, il faut d'abord que je me prive...et plus je donne, moins j'ai... Mais nous sommes dans la logique paradoxale de la grâce ! Plus je donne, plus je participe à cette générosité de la vie et plus je reçois en retour, plus je peux alors donner... C'est la logique de la multiplication de l'amour! On le sent bien pour tous ces biens immatériels que sont l'amour, la tendresse, la joie... Il n'y a pas un stock qui s'épuise à mesure que je puise dedans, au contraire, plus je puise, plus le stock grandit.

Pourquoi alors encore un temps de Carême et pourquoi parler de "jeûne"? Parce qu'il y a en nous pas mal de résistances par rapport au partage, parce que nous avons de la peine à vivre généreusement, parce que nous avons tendance à mesurer notre amour, parce que nous mettons des digues, dans notre vie de tous les jours, à ce débordement de vie... Là, nous avons besoin de dénouer tous ces liens qui nous empêchent d'être libres et généreux, tout ce qui fait que nous nous accrochons à nous-mêmes, peut-être par peur de "manquer", tout ce qui nous replie sur notre égoïsme. Il ne s'agit surtout pas de revenir à une logique de mortification et de sacrifice! Mais plutôt de nous rouvrir à la générosité divine, de "compter ses bienfaits" (comme le dit un ancien cantique) ou de "goûter combien le Seigneur est bon" (selon le Psaume). Le carême nous permet ainsi de retrouver cette Source qui est souvent encombrée par tant de soucis, comme autant de ronces et de pierrailles qui nous empêchent de la laisser couler.

C'est pourquoi le temps de carême est un temps où la prière est très importante pour nous rattacher à cette Source intérieure, où l'écoute de la Parole nous permet de nous recentrer sur Dieu et ce qu'Il veut nous donner, où le "jeûne" nous permet de nous désencombrer de toutes nos fausses sécurités que nous accumulons souvent par peur, où le pardon mutuel permet de renouer des liens qui nous aident à vivre... Et alors, en contact retrouvé avec la Vie Surabondante de Dieu, nous pourrons laisser couler cette vie à travers nous. Etre généreux non par devoir, mais pour nous priver, mais parce que nous expérimentons la générosité divine!

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Cycle de rencontres du samedi
"Art et foi"

à Baden Oelrainstr. 21
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"Le retable de Fromentières"
par François Rousselle


retable

samedi 3 décembre à 9.45h

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"Concert de l'Avent"
par le choeur de chambre jurassien


retable

dimanche 11 décembre à 17h
au temple de Rohr
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Fête de Noël

ane

dimanche 18 décembre à 15h
à Aarau, Jurastr. 13

saynète "Au pas de l'âne partons à Bethléem, suivi d'un goûter
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