Eglise réformée de langue française en Argovie
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« Du "reste" au "germe" »

Bible: Esaïe 4, 2-6



Un reste ou un germe? Un petit reste toujours moins nombreux en ruines qui tente d'assurer sa survie avant de jeter l'éponge ou un germe porteur de fécondité, de prospérité? C'est tout l'enjeu du prophète Esaïe que de permettre au peuple en exil à qui il s'adresse de changer de perspective....de les faire passer d'une vision négative du "reste"...à une vision positive du "germe"... Je crois que ces images sont aussi parlantes pour nous, dans notre situation d'Eglise. Le constat est en effet bien amer: Dans un livre récent, qui fait débat en Suisse romande, au titre évocateur : Turbulences, les réformés en crise, Eric Fuchs et Pierre Glardon décrivent ainsi la situation : "A l'instar d'autres institutions, les Eglises réformées -romandes notamment- sont en crise. En moins de trente ans, certaines ont perdu plus du tiers de leurs membres. La situation est suffisamment préoccupante pour que des théologiens et des sociologues de la religion commencent à évoquer la possibilité d'une disparition des Réformés de la scène religieuse d'ici la fin du siècle"....Voilà pour le "reste" et les "ruines"...et les auteurs font des propositions pour que nos Eglises redeviennent des "germes" porteurs d'avenir. Comme souvent dans ce genre de littérature, comme dans nos prédications! le diagnostic est beaucoup plus facile à établir que le choix des remèdes! Dans ce livre, le remède consisterait en un retour à une identité protestante affirmée et quelque peu fermée et à la morale, une perspective donc conservatrice... Pas sûr que ce retour en arrière, avec une vision quelque peu idéalisée de l'Eglise d'hier.... soit vraiment fécond, mais au moins cela ouvre un débat où chacun est amené à faire des propositions pour l'avenir de l'Eglise.

C'est un thème aussi concrètement d'actualité pour notre Eglise particulière, et le conseil d'Eglise réfléchit à la meilleure manière de poursuivre le témoignage de l'EFA dans ce canton, avec des paroisses toujours plus petites, un nombre de membres qui diminuent, un certain essoufflement de la part des bénévoles actifs à qui l'on demande beaucoup...Nous aurons l'occasion d'en reparler prochainement dans nos AG. Mais là aussi, le changement de perspective proposé par Esaïe est de toute première importance, le passage du "reste" au "germe" ... ou comment le petit reste fidèle est invité à ne pas se replier de manière désespérée sur le passé qui meurt, mais à découvrir ces potentialités porteuses d'espérance.

La question n'est pas facile, et le risque est grand pour contrer le pessimisme ambiant de proposer un optimisme béat qui fermerait les yeux sur la réalité.... Pour éviter ces deux pièges, il me semble qu'il faut d'abord mieux comprendre le message d'Esaïe dans son contexte, puis dans un deuxième temps voir ce que cela peut nous dire à chacun, de manière très personnelle, dans les turbulences de chacune de nos vies... Enfin, nous pourrons aussi tenter de l'appliquer à la situation de nos Eglises, car ma conviction profonde est que la communauté ne peut être "restaurée" que si chacun de ses membres vit aussi une "restauration" intérieure, sinon toutes les propositions institutionnelles sont creuses.

I. Esaïe parle à un peuple en miettes! En exil, Israël a tout perdu: sa terre bien sûr, mais aussi le Temple qui symbolisait son lien à Dieu. C'est comme s'il avait perdu sa vocation: celle de rendre témoignage à Dieu parmi tous les peuples de la terre... C'est l'anéantissement des promesses faites à Abraham. Pas étonnant que la majorité des exilés se sentent comme des "ruines" abandonnées de Dieu... Esaïe va faire une autre lecture de l'histoire: D'abord, il va valoriser cette notion de "reste" - et ce sera repris dans toute la tradition biblique! Au lieu de mépriser ce reste, d'en faire le simple symbole d'une gloire déchue,...une sorte de "débris du passé", il va le voir comme ce qui est la continuité des promesses et ainsi comme "germe" d'avenir! Esaïe va montrer que les promesses divines ne sont pas caduques, que Dieu n'a pas abandonné son peuple, non il y a ce "reste" qui résiste dans toutes les épreuves et les turbulences! Ce "noyau dur" qui n'est pas anéanti par les catastrophes, et à partir duquel quelque chose peut être recréé.

Si le peuple se considère comme un "débris du passé", alors il peut simplement attendre sa disparition - ce que beaucoup d'exilés faisaient en s'assimilant  dans la société de Babylone. Si en revanche il se considère comme le destinataire d'une promesse de vie et de bonheur, qui demeure malgré tous les aléas de l'histoire, alors ce "reste" a une importance toute particulière! C'est par lui que Dieu pourra accomplir son dessein de justice! Il est précieux et retrouve sa vocation... Le reste, ce sont les derniers fidèles... mais s' ils peuvent être fidèles, c'est parce qu'ils croient à la fidélité de Dieu, d'un Dieu qui ne renie pas ses promesses! Esaïe leur fait donc découvrir cette qualité éminemment positive et porteuse de vie que d'être ce "reste", car à partir de là, les promesses d'accomplissement peuvent se réaliser. C'est pourquoi Esaïe annonce à ce reste - qui n'a rien à faire que de s'accrocher à la fidélité de Dieu- le retour à Jérusalem pour pouvoir répondre à sa vocation: le service de Dieu , c'est-à-dire l'adoration, mais aussi la justice et ce Dieu qui accomplit ses promesses à travers eux sera à leur côté et les protégera. L'exil n'est plus alors vu comme une destruction et un abandon, mais comme une purification - par l'épreuve- qui permet un nouveau commencement. Voilà le changement de perspective - du reste au germe -  qui a permis de mettre en marche les exilés et permettre leur retour et la reconstruction!

II. Si nous passons des turbulences du peuple d'Israël à nos propres turbulences personnelles, nous pouvons transposer l'espérance du prophète. Il y a certaines épreuves qui nous dévastent...On se sent alors comme en exil, loin de nous-mêmes, loin de Dieu... Dans ces moments, nous n'arrivons plus à voir un sens à ce que nous vivons...et nous pouvons nous sentir abandonnés... Je ne veux pas prolonger la description, chacun peut y mettre des exemples concrets de turbulences ...ou parfois d'effondrements - dans le cours de sa vie. Que peuvent signifier alors les promesses reçues lors de notre baptême : "Je t'aime d'un amour éternel, tu es à moi, tu m'appartiens" "Je serai avec toi, je t'accompagnerai et te bénirai"... Ces promesses s'effondrent elles aussi quand nous sommes à bout! Nous pouvons aussi nous sentir comme des débris, en miettes et il est difficile de s'accrocher à quoi que ce soit...

Et pourtant, en reprenant les termes du prophète Esaïe, nous pouvons dans le même temps faire l'expérience qu'il y a toujours un "reste" qui demeure, même dans tous les fracas intérieurs, un "reste" qui reste indemne au milieu des épreuves, ce "noyau" de résistance face à l'adversité, ce "noyau d'innocence" et de dignité" quand nous nous sentons misérables, ce "petit rien" qui nous permet de ne pas nous effondrer totalement. Cela peut être un lien ténu qui nous permet de rester en relation avec qqn d'autre alors que nous aurions tendance de nous isoler totalement. L'important est de découvrir ce "reste" en nous, ce "noyau dur", de le laisser se développer, de lui faire confiance, alors à partir de ce "reste", nous pouvons nous reconstruire. De "reste", il devient "germe" porteur d'avenir! Les mystiques affirment que ce reste qui demeure quand tout s'effondre, c'est l'Image de Dieu en nous, l'étincelle divine, ce qui nous rattache à plus grand que nous, même quand nous n'en avons pas conscience....mais que nous pouvons approcher dans les temps de prière ou de méditation.....Dieu ne cesse alors de travailler en nous pour notre accomplissement, ainsi il peut y avoir une paix et un bonheur une fois les épreuves franchies. N'est-ce pas aussi ce "reste" que Jésus cherche toujours à réveiller dans chacune de ces rencontres pour permettre à la personne rencontrée une restauration et une reconstruction? Là, existentiellement, le "reste" peut se transformer en "germe" d'une fécondité nouvelle, et nous pouvons retrouver notre vocation d'enfants de Dieu à qui sont destinés les promesses de bonheur et de paix.

Un chant de Taizé exprime cette réalité de transformation avec ces paroles : "Le Seigneur te restaure. Dieu ne t'éloigne pas de lui. Le Seigneur vient à ta rencontre."

III. En fondant notre vie sur ce "reste" stable dans les épreuves, nous sentons la présence et la protection de Dieu, sa fidélité, la solidité de sa promesse. Voilà qui peut nous aider pour  porter un regard d'espérance aussi sur notre Eglise! D'abord en valorisant ce "petit reste" fidèle au lieu de le dénigrer, de le culpabiliser et de l'accabler par des comparaisons avec un passé présupposé glorieux!  Rien de plus déprimant et démobilisateur que de nous comparer, de nous compter, de faire la moyenne d'âges de nos Assemblées! Nous considérons alors le "reste" comme des débris du passé, de quoi rien ne saurait émerger... Esaïe nous invite à un changement de perspective pour découvrir la beauté, la "sainteté" de ce reste... Sainteté ne signifie pas dans la Bible une perfection morale, mais le fait d'appartenir à Dieu... Oui, il y a des fidélités étonnantes, il y a des gestes d'amour et d'empathie, il y a des prières secrètes et des soifs d'entendre l'Evangile, il y a des rencontres et de l'entraide, il y a beaucoup de "beaux restes" dans nos communautés! C'est cela qu'il faut découvrir et mettre en valeur! En ouvrant ainsi les yeux sur cette réalité, les yeux du coeur et de la confiance, nous pouvons découvrir les potentialités en germe dans ce "reste fidèle" que Dieu peut et veut utiliser pour manifester sa tendresse au monde.... Le germe, c'est petit, insignifiant, mais c'est porteur d'une fécondité immense. Repensons à toutes les épreuves traversées, où, fondant notre vie sur ce "petit rien" inébranlable, nous avons pu nous reconstruire et retrouver parfois une sérénité plus grande qu'avant l'épreuve... Ce que nous pouvons ainsi vivre comme restauration intime, pourquoi ne pas l'espérer pour nos communautés?

Le chant de Taizé a en effet une dimension individuelle, mais aussi communautaire: "Le Seigneur te restaure. Dieu ne t'éloigne pas de lui. Le Seigneur vient à ta rencontre"... Alors du fond de notre exil, nous pouvons réentendre les paroles prophétiques: "En ce jour là, le germe de l'Eternel deviendra parure et gloire. Le reste sera appelé saint. L'Eternel créera partout sur les assemblées une nuée, le jour et un feu flamboyant la nuit. Il sera un refuge. "

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paroisse

Cycle de rencontres du samedi
"Art et foi"

à Baden Oelrainstr. 21
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"Le retable de Fromentières"
par François Rousselle


retable

samedi 3 décembre à 9.45h

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"Concert de l'Avent"
par le choeur de chambre jurassien


retable

dimanche 11 décembre à 17h
au temple de Rohr
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Fête de Noël

ane

dimanche 18 décembre à 15h
à Aarau, Jurastr. 13

saynète "Au pas de l'âne partons à Bethléem, suivi d'un goûter
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