Son histoire
Suite à la Révocation
de l'Edit de Nantes (1685), aux persécutions exercées par les dragons de Louis
XIV et à la guerre des Camisards conduite par Jean Cavalier et par Roland
(Pierre Laporte, né au Mas Soubeyran, l'actuel Musée du Désert) plus de 300'000
Huguenots qui n'avaient pas voulu se reconvertir au catholicisme partirent de
France au péril de leur vie. Certains échouèrent en Argovie, à Aarau, Brougg,
Lenzbourg et Zofingue. Guillaume Barjon, ministre "cy devant en Cevennes",
fut, à Aarau, le premier pasteur d'une communauté qui comportait plus de 200
personnes, comme l'attestent des registres de 1685-1699. [1] La plupart des familles étaient venues des Cévennes, du Languedoc ou du
Dauphiné.[2]
Il y avait des
marchands, des ouvriers en soie, des chapeliers ou des faiseurs de bas qui
gagnaient leur vie par leur industrie. Ce sont probablement ces réfugiés qui
introduisirent le tissage de la soie et de la paille. On planta même des mûriers
devant les murs de la ville d'Aarau, au lieu dit "Rosengarten", le cimetière
actuel. Tout n'était pas facile pour eux; certains nécessiteux ne subsistaient
que grâce à la charité d'autrui et souvent les réfugiés étaient "peu aymés,
subject a tous maux si que a la fin sont obligé a quitter le tout". Nombreux
sont ceux qui espéraient malgré tout pouvoir retourner dans leur pays et
hésitaient à partir au loin. Mais sous la pression des autorités, les
difficultés économiques et la disette, une partie de la colonie huguenote partit
pour l'Allemagne et arriva à Helmarshausen (Karlshafen). dans le nord du Pays de
Hesse, le 24 juin 1699. Les autres furent soumis à l'impôt et s'assimilèrent.
L'Argovie était alors très divisée. L'ouest, occupé par les Bernois était devenu
protestant. Les bailliages communs de Baden et du Freiamt, ainsi que le Fricktal,
demeuré autrichien, étaient restés catholiques. Lors de la deuxième guerre de
Villmergen en 1712, Baden fut assiégée et prise par les Bernois et les
Zurichois, appuyés de troupes vaudoises commandées par le major Davel. L'acte de
capitulation prévoyait la construction d'une église protestante - le grand
temple actuel en dehors des murs de la ville, en utilisant les pierres provenant
de la démolition du château de Stein. Cette église devait servir d'abord aux
représentants protestants des autorités de la Diète, aux hôtes des Bains et
ensuite aux protestants de la région. Le premier culte y eut lieu le 1er juillet
1714.
Nous
ne savons pas si ce culte se fit en français! Mais il fallut attendre un siècle
et demi pour qu'à Baden, ville d'eau fort appréciée des francophones, la Société
évangélique de Genève organisât en été, de Pentecôte au Jeûne fédéral, des
cultes hebdomadaires en français dès 1871.
L'industrie
ayant attiré bon nombre de Romands à Baden et à Aarau, les pasteurs de l'Eglise
française de Zurich assurèrent dès 1923 des cultes dans ces deux villes. En 1931
une association pour les cultes français fut créée; on organisa une école du
dimanche et des sections d'Unions chrétiennes de jeunes gens et de jeunes filles.
[1] Fr.Ebrard: Die Hugenottengemeinde Aarau 1685-1699, (Argovia
1939)
[2] Paroisse-Info N0 7/92 du 01.10.1992
L'Eglise
française d'Argovie (EFA) a été créée
sous sa forme actuelle en 1942. Mais ses origines datent de bien avant,
puisque, suite à la Révocation de l'Edit de Nantes, des cultes
en français eurent lieu à Aarau en 1685, et que la Société
évangélique de Genève organisait l'été,
dès 1871, des cultes à Baden, ville d'eaux fort appréciée.
L'industrie ayant attiré bon nombre, de Romands
à Baden et à Aarau, les pasteurs des Eglises françaises
de Zurich et Winterthour y assurèrent des cultes dès 1923.
Une association pour les cultes français fut créée;
on organisa une école du dimanche et des sections d'Unions chrétiennes
de jeunes gens et de jeunes filles. Et c'est ainsi que, grâce encore
à l'appui du Comité vaudois d'aide aux Protestants disséminés
,le pasteur Etienne de Palézieux célébra le culte
inaugural de l'EFA le 1er mars 1942. Dix ans plus tard, le
1er mars 1942, lors d'un culte solennel, l'Eglise réformée de
langue française en Argovie (EFA) fut créée sous sa forme actuelle. Le Comité vaudois d'aide aux Protestants disséminés accepta de patronner et
appuya la nouvelle Eglise, dont il a été, statutairement, l'autorité morale
pendant de nombreuses années. Il s'était donc passé plus de 250 ans depuis
l'arrivée des premiers Huguenots qui étaient à l'origine de l'EFA, dont le sceau
porte la date de 1685.
L'EFA permet donc aux francophones d'entendre et de
proclamer l'Evangile dans leur langue maternelle. Elle comprend cinq paroisses
à Aarau, Baden, Lenzbourg, Rheinfelden et Zofingue qui ont chacune
leur propre conseil. Des cultes y sont régulièrement célébrés
par nos pasteures Régine Lagarde et Claire-Sybille Andrey. Les Pasteures
ont donc fort à faire, vu la grande dispersion de nos paroissiens dans plus de
100 localités du canton et les grandes distances a parcourir. Nos listes comprennent près
de 600 adresses de personnes considérées comme "paroissiens".
Le bulletin "Paroisse-Info" est expédié à plus de
1000 exemplaires; un moyen de faire connaître l'EFA et de maintenir
le contact avec ceux qui sont repartis pour la Romandie.
L'EFA a un statut d'association; elle
est en relation étroite avec l'Eglise alémanique (Landeskirche). En
2003, le synode de la Landeskirche a donné mandat à l'EFA de garantir la
prédication de l'Evangile et d'assurer l'assistance spirituelle en langue
française. En effet les protestants
francophones, comme tous les autres protestants d 'Argovie, paient leur
impôt ecclésiastique aux paroisses alémaniques. Celles-ci,
avec le Kirchenrat, en rétrocèdent une partie à l'EFA et
assurent ainsi son budget. Elles mettent aussi gratuitement à sa
disposition églises, chapelles, salles et autres locaux. Chacun
peut ainsi librement participer aux cultes et aux diverses activités
de l'Eglise française en Argovie sans devoir quitter sa paroisse
alémanique. Les collectes et les cotisations volontaires des paroissiens
servent en priorité à soutenir différentes oeuvres.
Les problèmes qui se posent aux responsables ?
La dispersion des paroissiens, le repérage des francophones qui
souvent repartent avant d'être connus, la présence de couples
linguistiquement mixtes, le vieillissement des auditoires, la très
forte fluctuation du nombre d'enfants qui fréquentent culte de l'enfance
ou catéchisme.
René Sauvin
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